jeudi 30 juillet 2009

Se perdre dans Venise

«Se perdre dans Venise, c'est se retrouver,
c'est se retrouver soi-même.»

Marcel Brion

Se perdre dans Venise est aussi le titre d'un livre-conversation entre René Huyghe et Marcel Brion "dans le naturel d'une conversation, qui à l'origine fut réalisée sur place, enregistrée sur place par la radio". J'aurais bien aimé entendre cela.



Au café Florian "sous le chinois", de gauche à droite: Marcel Brion, Diego Valeri et René Huyghe.

vendredi 24 juillet 2009

Fin d'après-midi de janvier


Le ciel avait fini par se dégager en fin d'après-midi après la neige, le grésil et la pluie...




jeudi 23 juillet 2009

Liliana Magrini




Il y a de ces livres vers lesquels on revient régulièrement, dans lesquels on aime relire tel ou tel passage… Le livre de Liliana Magrini, Carnet vénitien, fait partie de ceux-là. Il a été réédité en 2002 dans la très belle collection du Promeneur avec son agréable format, son beau papier de qualité et sa mise en page aérée.

Liliana Magrini (1917-1985) fut écrivain, traductrice, journaliste et critique. Elle est née à Venise. Après le lycée, elle s’inscrira à la faculté de Philosophie de Padoue.
Son premier roman, La Vestale, écrit en italien mais qui ne trouvera pas d’éditeur en Italie, elle le traduira ou plutôt le réécrira en français pour la maison d’édition Gallimard qui le publiera en 1953. Roman qui sera d’ailleurs bien accueilli par la critique française. Trois ans plus tard, elle fera paraître, toujours chez Gallimard, Carnet vénitien, un livre qu’elle écrira cette fois directement en français. « Cette vénitienne a écrit son livre en français. La finesse des tableaux et l’ambiguïté des sentiments suggérés témoignent d’une connaissance de notre langue dans ses moindres nuances. » (p.10, extrait de la préface de Roger Grenier) Elle a notamment traduit en italien Camus, Giono et Malraux et en français Les fiancés de Manzoni.

« Liliana Magrini est morte le 2 juillet 1985. Je l’avais rencontrée chez elle, à Noël 1963. Elle n’habitait plus Calle della Testa, près de Zanipolo, mais dans le quartier de l’Arsenal, un vieux palais, Calle Celsi. Il pleuvait, et comment oublier les pages de Carnet vénitien où elle met en scène le ballet des parapluies dans les calli étroites, avec des phrases qui sont le charme même.» p.13

Voici quelques passages glanés au fil des pages…

« La basilique commence à se doubler, sur le pavé, de reflets
liquides.
» p.18

« […] au miroitement que seule peut avoir une eau calme dont
la surface se brise et se crispe en innombrables facettes, et dont le jeu se
prolonge sur les écaillures de la vieille brique qui rendent si vibrant ce
ruissellement lumineux : paillettes de grès, lueurs vertes de mousses, creux
blanc de sel ou jaune de soufre ou rose, par mille brisures la lumières se joue
et se réfracte et s’estompe et s’exalte.
» p.24

« Chacun écoute, à travers la résonance d’autres vies, son
propre corps redevenu sensible, les incertitudes et les élans de son propre pas
parmi les pas des autres.
» p.28

« Doucement polies par le frottements des pas humains et
l’effleurement des pattes de chats, les briques en arêtes de la corte
dell’Albero s’ouvrent comme spontanément sous la poussée des quatre grands
platanes aux troncs anciens, d’une dureté minérale.
»p.38

« Ici, le soleil est comme une eau qui coule dans l’ombre :
les écaillures du plâtre, les craquelures des briques le font vibrer comme le
surface de la lagune la brise la crispe : au fond d’une
calle, il suit
la ligne sinueuse d’un mur. La partie ensoleillé du pavé se sépare de l’ombre
suivant une frontière elle-même brisée par les dentelures de pierres ou les
festons de tuiles le long desquels glissent les rayons – ainsi toujours quelque
ombre recoupe la lumière, s’en retire, selon une démarche d’une extrême
douceur.
» p.41

« L’eau des canaux et de la lagune, ce matin, d’un blanc
trouble de lessive, est soudain méchante sous le soleil étincelant. Où trouver
les mots pour dire le vert où, plus tard, le gel la figera, un vert cruel et
d’une trouble clarté. Elle paraît déjà plus pesante et comme coagulée.
»
p.43

« Il n’est pas toujours facile d’aimer Venise, l’hiver. Il y
faut parfois quelque effort : et, toujours, un cœur bien attentif. Elle n’y aide
pas, dépouillée comme un théâtre en plein jour. Que le ciel colle, jaunâtre, aux
maisons, ou qu’il soit haut comme aujourd’hui, d’un gris translucide, jamais une
ombre, une lumière brisée ne distrait ou ne voile sa nudité. Ni l’eau : verte ou
grise, elle n’est qu’un miroir qui projette sur la ville une clarté cruelle. Les
jeux sont finis.
» p.66

dimanche 19 juillet 2009

Orphée à Mantoue



Musique en mémoire

Sur la RSR cette semaine...

Orphée à Mantoue

L'Orphée de Monteverdi fête ses 400 ans.
Reportages à Mantoue de David Meichtry et Philippe Beaussant.
Réalisation: Bruno Séribat
[Nouvelle diffusion du 19 au 23 mars 2007]

Le 24 février 1607, un cercle d'amateurs mantouans distingués, l'"Accademia degli Invaghiti", assistaient au Palais Ducal à la représentation d'un nouvel opéra commandé par le Duc Vincenzo Gonzaga à son maître de musique, Claudio Monteverdi.
400 ans plus tard, sur les lieux mêmes, plus précisément dans le "Teatro Bibiena" construit au XVIIIème siècle, l'Académie Nationale Virgilienne de Mantoue, héritière directe des premiers auditeurs de l'Orfeo, fait résonner à nouveau ce chef-d'oeuvre dans le respect des sources monteverdiennes. Une résonance qui dépassera de loin les frontières de la Lombardie puisque la version montée - sous la direction musicale de Roberto Gini - fait appel par l'entremise d'un concours de chant à des jeunes voix baroques du monde entier. Espace 2 et les micros de David Meichtry rapportent pour cette semaine de Musique en mémoire les échos exclusifs de cet événement.
Auteur du Chant d'Orphée selon Monteverdi et du récent Passages de la Renaissance au Baroque (Ed. Fayard), où il se montre un chantre passionné de l'art baroque italien, Philippe Beaussant sera notre guide privilégié - telle l'Espérance accompagnant Orphée à la recherche d'Eurydice morte - dans le dédale de l'art monteverdien et à travers les rues de Mantoue restées presque identiques à ce qu'elles étaient du temps de la splendeur des Gonzague.
Dans cette ville dans la ville qu'est le Palazzo Ducale, nous suivrons aussi les ombres d'autres grands artistes qui y ont résidé, Mantegna, Le Tasse, Rubens et en particulier une personnalité remarquable de la Renaissance: la marquise Isabella d'Este. Maîtresse des lieux après son veuvage, amie des peintres et des grands navigateurs, elle fut aussi poétesse et musicienne.

lundi 20 juillet 2009
Orphée à Mantoue (1/5)
Du Théâtre Bibiena à l'Eglise ducale Santa Barbara. Avec Roberto Gini, chef d'orchestre

mardi 21 juillet 2009
Orphée à Mantoue (2/5)
D'une "accademia" à l'autre. Avec Paolo Besutti, musicologue, de l'Accademia Nazionale Virgiliana
mercredi 22 juillet 2009
Orphée à Mantoue (3/5)
Mise en scène et art baroque. Avec Gianfranco De Bosio, metteur en scène

jeudi 23 juillet 2009
Orphée à Mantoue (4/5)
Dans les appartements d'Isabela D'Este. Avec Renata Casarin, historienne d'art, et Attilia Ferrari, traductrice

vendredi 24 juillet 2009
Orphée à Mantoue (5/5)
La représentation du 400ème. Avec Eduardo Egüez, luthiste, Baltazar Zuniga, Orfeo, et Roberto Gini.

mercredi 15 juillet 2009

Promenade dans Dorsoduro



Je vous propose une petite promenade dans la
partie sud-ouest de Dorsoduro entre la stazione marittima,
le rio d. Anzolo Rafael (ou Angelo Raffaele), les Zattere et
San Trovaso. Un coin de Venise que j'apprécie particulièrement.


Façade de l'église San Sebastiano

Orgue
Buste de Paolo Caliari dit le Véronèse
Le peintre qui a travaillé dans cette église de 1551 à 1565
a souhaité être inhumé ici. On peut voir sa dalle funéraire
au sol sous l'orgue.

Sacristie décorée par Véronèse

Campiello entre l'Anzolo Rafael et San Sebastiano

Campazzo San Sebastiano
Fondamenta del Soccorso à l'angle du rio di S. Sebastiano

Rio d. Anzolo Rafael vers l'église du même nom

Campo San Basegio

Zattere al Ponte Lungo

Rio dei Ognissanti

Rio dei Ognissanti

Vers San Trovaso

samedi 11 juillet 2009

Voyage en Italie



Petite annonce en passant... J'ai découvert la semaine dernière
une sympathique série d'émissions qu'on nous propose, cet été, sur
France Inter : Ciao Ragazzi! Un véritable voyage à travers l'Italie
d'aujourd'hui, rencontres et conversations.
Ils en sont déjà au troisième épisode.
Je peux déjà vous annoncer que l'émission du 15 août sera
consacrée à Venise. Il est possible de réécouter les émissions sur le
site ou encore de les "podcaster".

jeudi 9 juillet 2009

Librairies à Venise



Le paradis pour qui cherche des livres sur Venise. La librairie Acqua Alta dans le sestier de Castello est un véritable petit bijou. Elle est tenue par Luigi Frizzo et sa ribambelle de chats! Un lieu unique où les livres sont rangés dans des barques, des baignoires et... une gondole!





Quelques adresses:
Libreria Acqua Alta, Calle Lunga S. M. Formosa, 5176 Castello
Libreria Toletta, Dorsoduro 1213 – 30123 Venezia
Libreria Toletta Studio, Dorsoduro 1183/d – 30123 Venezia
Libreria Studium, Calle de la Canonica, 337 San Marco
La librairie Française (tout près de l'église Zanipolo), Barbaria de le Tole, 6358 Castello
l'endroit où j'ai vu la plus grande concentration de livres sur Venise, le véritable paradis pour celui qui cherche des livres en français sur le sujet.
Giunti al punto, une librairie plus commerciale qui a deux succursales à Venise:
calle S. Aponal, San Polo 1228
Rio Terà Maddalena, Cannaregio 2001/2/3

vendredi 3 juillet 2009

Tiziano Scarpa


Tiziano Scarpa vient de remporter le prestigieux prix littéraire italien Strega pour son roman paru l’an dernier : Stabat Mater. Je ne crois pas que ce roman soit déjà traduit en français. J'ai essayé en vain de le trouver à Venise l'hiver dernier. Mais j'ai réussi à le faire commander à la bibliothèque. J'ai bien hâte de le lire! L'histoire ce passe à Venise et traite de musique, notamment de Vivaldi. Cet auteur, à qui l’on doit le savoureux Venise est un poisson, est né à Venise en 1963. J'en reparlerai...


Articles en italien sur le sujet:

Dentelle de pierre



Quelques détails de la superbe Ca' d'Oro, joyau de l'architecture
gothique vénitienne. Au temps de Nicolo Contarini qui y habita,
sa façade était recouverte d'or. Ce palais est aujourd'hui le siège
de la galerie Giorgio Franchetti, un musicien et collectionneur
turinois qui rassembla des oeuvres d'art du XVe au XVIIe siècle et
qui en fit don à l'État en 1895.





jeudi 2 juillet 2009

Autour du rio del Gaffaro

Ce rio marque la frontière entre les sestieri de Santa Croce et de Dorsoduro. Il est bordé d’une part par la fondamenta Minotto et de l’autre par la fondamenta del Gaffaro et est traversé par deux ponts à ses extrémités.


Nous apercevons ici la Casa Torres (1907-08), un exemple raffiné d’historicisme vénéto-byzantin teinté d’influences austro-allemandes. Elle est l’œuvre de Guiseppe Torres (1872-1935), architecte vénitien à qui l’on doit notamment le Tempio Votivo du Lido. C’est dans une demeure voisine de cette casa que naquit en 1789 Emmanuele Cicogna, l’auteur de Inscrizioni veneziane.

La Casa Torres avec sa forêt de cheminées

Rio del Gaffaro et ponte Marcello

Début du rio del Malcanton avec sa jolie maison rouge. « Édifice typique du XIVe siècle. En façade, belle cheminée et architrave en bois. Le portique d’eau est de style byzantin. » (p.235 Découvrir l’architecture de Venise en 17 promenades) La largeur inhabituelle des fenêtres au bas de la façade laisse penser que cet édifice aurait probablement servi d’entrepôt à une certaine époque. Voilà encore une maison vénitienne qui a été transformée en… hôtel.

Partie de la façade du Palazzo Marcello (134-136 SC) sur la fondamenta Minotto. Construit au XVe siècle, ce palais de style gothique fut la demeure de Giovanni Marcello. Il abrite aujourd’hui un hôtel.


Rio del Malcanton


Rio del Malcanton avec le petit jardin de la petite maison rouge (à gauche) qui fut accidentellement créé suite à une erreur de l’armée de l’air autrichienne qui en 1917 laissa tomber une bombe sur une partie de la maison alors qu’elle visait la gare (!). Les propriétaires n’ayant pas les moyens de la faire reconstruire transformèrent l’espace vacant en jardin.


Quelques palais en vrac:

Fondamenta Minotto, 143 : Palazzo Minotto (17e s.) Le peintre Vicenzo Giacomelli y aurait eu son atelier.

Fondamenta Minotto, 151: Palazzo Odoni (15e s.) aussi transformé en hôtel comporte une belle petite cour avec margelle de puits et un bel escalier. Elle fut la demeure d’Andrea Odoni, marchand humaniste et collectionneur d’antiquités. Selon Tassini, la façade du palais était décorée de fresques du peintre Girolamo da Treviso qui avaient été commandées par Odoni en 1531. Ce palais est aujourd'hui... un hôtel.

Façade du Palazzo Odoni

Détail de l'escalier de la cour


Escalier de la cour