dimanche 30 août 2009

Lumière du matin




« Il était écrit, à ma page, dans le livre du destin, que l’an 1786, le 28 septembre au soir, à cinq heures, selon nos horloges, je verrais Venise pour la première fois, en débouchant de la Brenta dans les lagunes, et que, bientôt après, je poserais le pied dans cette merveilleuse ville insulaire, dans cette république de castors! Ainsi donc, Dieu soit loué! Venise n’est plus pour moi un simple mot, un vain nom, qui m’a tourmenté souvent, moi, l’ennemi mortel des paroles vides. » Goethe

samedi 29 août 2009

Rivalités à Venise

Tiziano Vecellio, dit Titien (1488/90-1576), Vénus au miroir, Huile sur toile, 1, 25 x 1, 05 m, National Gallery of Art, Washington, Andrew W. Mellon Collection, Inv. 1937.1.34 © Courtesy Board of Trustees of The National Gallery of Art, Washington


Cette fabuleuse exposition prendra bientôt l'affiche au musée du Louvre (17 septembre 2009 au 4 janvier 2010). Voici en guise de présentation quelques extraits du communiqué de presse.


Titien, Tintoret, Véronèse… Rivalités à Venise

Événement au musée du Louvre : les plus grands peintres de Venise au XVIe siècle se donnent rendez-vous dans le Hall Napoléon pour une exposition révélant à travers leurs œuvres les rapports d’émulation ou de compétition qu’ils entretenaient. Composée de quatre-vingt-cinq tableaux, pour la plupart des chefs-d’oeuvre prêtés par les musées les plus prestigieux du monde, l’exposition entend éclairer cette noble rivalité en comparant des peintures de même sujet ou de sujet équivalent afin de montrer combien les artistes se sont influencés ou, au contraire, ont divergé pour proposer une vision personnelle d’un thème. Si Titien, peintre officiel de la République, domina toujours la scène, l’arrivée de nouvelles générations - Bassano, Tintoret, Véronèse, Palma le Jeune - et l’influence des évolutions artistiques de l’Italie centrale, entraînèrent des solutions originales dans le traitement des sujets chers aux Vénitiens dans la seconde moitié du XVIe siècle. « Parce qu’il avait en face de lui Véronèse, Tintoret dut apporter un soin particulier à ces peintures, car la présence d’un rival sert parfois de stimulant, dans la mesure où l’artiste met un point d’honneur à ne pas être surpassé. » Ce qu’écrit Carlo Ridolfi en 1642 est loin de concerner les seuls Tintoret et Véronèse. Tout en cherchant chacun sa propre voie, les grands artistes vénitiens de l’époque modèlent leurs parcours en fonction de celui des autres, au premier rang desquels figure, bien entendu, le maître incontesté que reste Titien. La concurrence joue donc un rôle majeur dans la création et le renouvellement de la peinture à Venise. Le régime politique très particulier de la République de Venise et sa structure sociale favorisent grandement la diversité artistique. La présence de nombreuses familles riches, nobles ou pas, l’importance de l’Eglise, en pleine Contre-Réforme, et le réseau des puissantes confréries, dites scuole, multiplient les opportunités de travail pour les artistes, dans un contexte où une vraie liberté préside à l’attribution des commandes. Obtenir de travailler pour ces différents mécènes entretient donc à Venise, peut-être plus qu’ailleurs encore, une rivalité constante entre les peintres. Cette rivalité va jusqu’à s’inscrire dans le cadre de concours organisés pour les commandes les plus prestigieuses, à l’instar de ce qui se fait aujourd’hui pour les grands projets d’architecture. Ce fut notamment le cas pour le décor de la Bibliothèque Marciana, de la Scuola di San Rocco et, le plus important de tous, de la tribune du Doge dans la Salle du Maggior Consiglio du palais des Doges. Les artistes vénitiens sont par ailleurs confrontés, en cette seconde moitié du XVIe siècle aux nouveautés et donc aux défis apportées par le maniérisme. L’exposition se propose de faire le point sur cet aspect peu connu de la peinture vénitienne et sur ce qui a conduit les artistes de la lagune à opérer une synthèse unique adaptant le maniérisme de l’Italie centrale à leur vision naturaliste du monde.

L’exposition souhaite montrer, dans un parcours à la fois chronologique et thématique, l’évolution de la peinture lagunaire après 1540. A travers un choix de thèmes communs particulièrement chers aux Vénitiens du « siècle d’or », sont confrontées les créations des principaux peintres de Venise jusqu’à la fin du siècle. Le visiteur est ainsi conduit à s’interroger sur les différentes formes d’expression d’un art dominé par le plaisir de la peinture (goût de la matière et du coloris), sa propension naturaliste et la conjonction entre le Sacré et le Profane. La période couverte est particulièrement intéressante, parce qu’elle correspond à ce moment singulier où trois grands maîtres travaillent en même temps sur les sujets alors à la mode : Titien génie inventif, dont le style de vieillesse déroute par son renouvellement constant ; Tintoret génie dynamique, qui mûrit un art d’une énergie surhumaine ; Véronèse génie décoratif, dont la palette et la sérénité apolliniennes ont fasciné tous les artistes jusqu’au XXe siècle. Evoquant la situation de la peinture dans la Sérénissime entre 1540 et 1550, soit peu avant l’arrivée de Véronèse (1553), l’introduction de l’exposition rend compte de la suprématie de Titien et de l’ascension de Tintoret. Elle met en relation des oeuvres de ces deux artistes avec d’autres du jeune peintre de Vérone, dont on peut alors comprendre ce qui a retenu l’attention des commanditaires qui le font venir à Venise. Cette section permet de dresser un constat stylistique sur l’école vénitienne à travers la production de ces trois « grands ». Des chefs-d’oeuvre de Titien, alors en pleine maturité, accueillent les visiteurs, dont la Danaé et le Portrait du pape Paul III, tête nue (tous deux : Naples, Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte), accompagnés de tableaux de jeunesse de Tintoret et de Véronèse.


Informations pratiques :
Lieu : Musée du Louvre, Hall Napoléon
Horaires : ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18h, jusqu’à 20h le samedi et jusqu’à 22h les mercredi et vendredi.
Tarification :
Billet spécifique pour l’exposition Titien, Tintoret, Véronèse… Rivalités à Venise : 11 euros
Billet jumelé (collections permanentes + exposition Titien, Tintoret, Véronèse…Rivalités à Venise ) : 14 euros avant 18h, 12 euros après 18h les mercredi et vendredi
Renseignements : http://www.louvre.fr/

vendredi 28 août 2009

Autour de san Fantin





« Campiello S. Gaetano, où se trouvait l'ancienne scuola di S. Gaetano qui appartenait à la confrérie de la Trinité à Rome. Elle fut fondée le 24 février 1691 et en 1722 elle loua quelques maisons appartenant aux Molin qu'elle acheta ensuite en 1752. L'escalier extérieur de la maison Molin du XVe siècle est magnifique, bien que remanié. Le blason et certains vestiges vénéto-byzantins du XVIIIe s. sont également très intéressants. » (p.265 dans Trentes itinéraires)





Campiello Marinoni, ce monument qui date de 1869 est construit avec les projectiles et les canons utilisés par les Autrichiens lors du bombardement de Venise en 1848. Il est également orné d'un portrait de Daniele Manin, en souvenir de la résistance de Venise contre l'Autriche (2 avril 1849).


jeudi 27 août 2009

San Angelo Raffaele


Une petite visite de cette église du sestier de Dorsoduro



Les origines de sa fondation sont incertaines. Certains racontent qu’il s’agit de la deuxième plus ancienne église de Venise après celle de San Giacometto di Rialto. Elle daterait du 7e siècle et ferait partie des huit églises que fit ériger San Magno : « L’archange Raphaël lui apparut également et lui demanda d’ériger une église là où li verrait se rassembler une multitude d’oiseaux; ce qui se produisit à Dorsoduro, précisément è l’endroit où saint Magne fit par la suite bâtir l’église de San Raffaele Archangelo, l’Anzolo Rafael pour les Vénitiens. » (p.109 in Venezænigma de Alberto Toso Fei)
Mais il existe d’autres légendes entourant sa fondation…
Cette église brûla à plusieurs reprises. Elle fut complètement reconstruite selon les plans de Francesco Contin entre 1618-1639. Sa façade, dont on ne connait pas l’auteur, ne fut terminée qu’en 1735. On trouve au-dessus du portail principal une statue représentant l’ange Raphaël tenant Tobie par la main et accompagné d’un chien (motif que l’on peut également voir sur la façade de la Scuola dell’Angelo Custode sur le campo SS. Apostoli à Cannaregio).
Petit détail en passant, cette église est une des rares dont on peut faire le tour.
Elle a été restaurée de 2001-2004, retrouvant ainsi une blanche façade.
Le roman, que je n'ai pas encore lu, de Salley Vickers, L'Ange de Miss Garnet, paru en 2004, a considérablement fait augmenter le nombre de visiteurs dans cette église.

Fresque de la voûte par Gaspare Diziani représentant St-Michel chassant Lucifer



Autre détail du plafond au-dessus du maître-autel


Chapelle à gauche où l'on retrouve au centre l'ange Raphaël et Tobie et à leurs côtés S. Pietro et S. Paolo.

Chaire

Orgue Amigoni (1749) et parapet comportant cinq tableaux, illustrant les étapes de la vie de Tobie, de Gianantonio Guardi, frère du célèbre vedutiste.

lundi 24 août 2009

Venise vue par...

John Singer Sargent (1856-1925)



en attendant un billet sur ce peintre que j'aime beaucoup...

dimanche 23 août 2009

Autour du campo San Vio



Vue de l'autre côté du Grand Canal en face du campo


Margelle de puits au centre du campo


Que diriez-vous d’une petite visite autour du campo San Vio à Dorsoduro. Un endroit que j’apprécie particulièrement qui se situe entre l’Accademia et le musée Guggenheim dans un très agréable quartier. Le campo de forme rectangulaire ouvert sur le Grand Canal et bordé sur un côté par le rio San Vio. Parmi les points d’intérêt on notera le Palazzo Cini (Loredan), siège de la galerie d’art de la fondation Giorgio Cini qui abrite une collection de tableaux et d’objets d’art renaissants rassemblée par l’entrepreneur et mécène Vittorio Cini qui a vécu dans ce palais jusqu’à sa mort en 1977. Il est aussi le lieu d’expositions temporaires. En face, de l’autre côté du campo, se dresse la petite église anglicane de San Giorgio construite en 1926 sur un projet de l’ingénieur Marangoni en mémoire des soldats anglais tombés sur le front italien lors da le Première Guerre mondiale. Au centre du campo un énorme puits en pierre d’Istrie datant du 16e siècle.



Rio de San Vio et côté du Palazzo Cini et façade de l'église anglicane de San Giorgio


Chapelle votive aussi dite Casa Pinto


En ce qui concerne l’église aujourd’hui disparue, elle se nommait Ss. Vito e Modesto (dite San Vio) et avait été fondée en 912. Elle subit plusieurs reconstructions, notamment suite à un incendie et à un affaissement du sol, et quelques restructurations au fil du temps. Au 14e siècle, pour l’embellir on ajouta à sa décoration des éléments architecturaux provenant du palais Tiepolo de Sant’Agostin qui avait été détruit en guise de représailles après la conjuration de Bajamonte Tiepolo le 15 juin 1310.

Cette église avait la forme d’une basilique vénéto-byzantine à trois nefs. D’après ce qu’on en sait, elle aurait ressemblé à un mélange de San Nicolo dei Mendicoli et de Sant’Agnese. C’est là que chaque année le 15 juin depuis 1310, jour de San Vito, le Doge se rendait afin de commémorer l’échec de la conjuration de Bajamonte Tiepolo. En 1354 plusieurs maisons qui étaient construites sur la partie du campo qui longeait le Grand Canal furent détruites pour faciliter l’arrivée du Doge et de son cortège. Parmi celles-ci, celle de la contessa Tagliapietra (1288-1308), jeune femme qui aurait été béatifiée notamment pour avoir traversé à pied le Grand Canal, du campo San Vio où elle habitait, pour aller à l’église San Maurizio où elle avait l’habitude de s’entretenir avec un prêtre. Son père, qui était en désaccord avec cette pratique, aurait interdit aux gondoliers de la menée de l’autre côté du canal. C’est à ce moment qu’elle accomplit le miracle de le traverser en marchant sur l’eau. Elle était extrêmement pieuse et refusa de se marier. Elle mourut à 20 ans et fut inhumée dans l’église de Sa Vio. Ses restes, qui ont été déplacés après la fermeture au culte de San Vio, reposent à présent dans la sacristie de l’église de San Maurizio, celle qu’elle aimait tant. L’église de San Vio aurait aussi abrité le tombeau de la peintre et pastelliste Rosalba Carriera qui habitait le quartier.
L’église fut détruite en 1813 après avoir été fermée au culte en 1808. «Sur son emplacement le propriétaire fit élever en 1864 une chapelle sur un projet de Giovanni Pividor et il fit mettre sur la façade des fragments de l’ancienne église, qui avaient appartenu aux maisons des Tiepolo. La chapelle fut ouverte en 1865.» (p.600 Paolo Giordani, Venise, Trente itinéraires) Cette chapelle, aujourd’hui désacralisée, a été transformée en demeure privée par Piero Pinto, architecte et décorateur milanais. Je ne sais s’il y habite toujours? Vous trouverez des photos de ce magnifique intérieur dans plusieurs livres sur Venise. Notamment dans L’Art de vivre à Venise de Frédéric Vitoux (p.132), dans Living in Venice d’Elizabeth Vedrenne (p.160-165) et dans Venise imprévu de Cesare M. Cunaccia (p. 117 et 126). Lire aussi le billet de Lorenzo .

Détails (patères et croix récupérées de l'ancienne église)

Autour de la casa Pinto

Jardin de la casa Pinto

mardi 18 août 2009

Ciels de Tiepolo



Plafond peint par D. Tiepolo: S. Leone in gloria ed esaltazione della Croce

Fresques par Giambattista Tiepolo sur le plafond des Gesuati.

J'ai lu la semaine dernière un petit essai descriptif d'Alain Buisine intitulé
Les ciels de Tiepolo. Un texte très agréable à lire, comme d'ailleurs la plupart des livres de cet auteur (cf. Dictionnaire amoureux et savant des couleurs de Venise, Cènes et banquets de Venise pour ne citer que ceux que j'ai déjà lus.

Voici la quatrième de couverture:
Toute notre modernité a pris la fort mauvaise habitude de systématiquement dramatiser la création, de la penser comme nécessairement dramatique. Tout devrait toujours mal finir, très mal finir quand on est un créateur. Depuis le poète maudit du XIXe siècle, clochard et alcoolique, jusqu’au romancier contemporain mort du sida, depuis l’automutilation et le suicide du peintre jusqu’à la folie du peintre interné, tout doit toujours en passer par la souffrance et le tragique, qui confirment et signe l’authenticité de l’œuvre d’art. Nous n’imaginons plus la création que traversée par la fêlure travaillée par la perte et la négativité. Créer pour s’anéantir, s’anéantir pour créer. Un artiste heureux apparaît toujours vaguement soupçonnable et coupable, et, pour tout avouer, peu crédible. Il manque de profondeur. Dans cette perspective, le Vénitien Giambattista Tiepolo est le pire artiste qu’on puisse imaginer.

***
Je suis littéralement bouleversée car je viens d'apprendre, en faisant des recherches, que cet auteur nous a quitté le 2 juillet dernier! Je n'en crois pas mes yeux. À peine quelques lignes dans le carnet du Monde:

L'écrivain Alain Buisine est mort jeudi 2 juillet à l'âge de 60 ans.
Professeur à l'université Lille-III, il avait publié des ouvrages éclairés sur
Marcel Proust, Jean-Paul Sartre, Paul Verlaine et Pierre Loti. Mais aussi un
hommage au photographe Eugène Atget, artiste de la mélancolie, dans lequel il
osait dire le peu d'estime que lui inspiraient Ronis, Boubat, Doisneau ou
Cartier-Bresson (ed. Jacqueline Chambon), ainsi que des essais sur Le Grand
Meaulnes, d'Alain Fournier, ou sur Joris-Karl Huysmans. Il est l'auteur d'un
très bel ouvrage, L'Orient voilé, dans lequel il explore les beautés et les
interdits de l'Orient, ses paysages et ses femmes, à travers Gérard de Nerval,
Gustave Flaubert, Clérambault, Paul Bowles, Edgar P. Jacobs, Pierre Loti,
Isabelle Eberhardt (ed. Zulma).

Je reparlerai de cet auteur dans les semaines à venir. Pour le moment, j'encaisse cette triste nouvelle.

lundi 17 août 2009

Au fil de mes lectures...



Un thriller historique de David Hewson : L’Héritage vénitien.
En quatrième de couverture :

1733 : Lorenzo Scacchi arrive à Venise pour travailler à l'imprimerie de son oncle. Très vite il est ensorcelé par les multiples sortilèges de la ville. Jusqu'au jour où son chemin croise celui d'une mystérieuse violoniste qui, dans l'ombre de Vivaldi, essaie de faire entendre sa voix. Voulant percer les mystères qui l'entourent, Lorenzo mène une enquête qui va le conduire au coeur de la communauté juive du ghetto de Venise.

2001 : Daniel Forster, venu cataloguer la superbe bibliothèque privée des Scacchi à l'ombre d'un tableau du Tintoret, La Tentation du Christ, découvre une partition anonyme, datée de 1733, objet de multiples convoitises. C'est le début d'une spirale d'intrigues, de meurtres et de secrets, dont les clés sont cachées dans l'histoire de la ville.

Avec ce roman salué par la critique internationale comme un des grands livres du genre, David Hewson mêle d'une main de maître suspense et érudition, multipliant fausses pistes et retournements à travers l'histoire religieuse et artistique de Venise.


J’avais mollement commencé la lecture de ce roman à l’automne dernier et je ne peux pas dire qu’il m’avait franchement accrochée. Je n’avais jusqu'à présent pas dépassé le cap des 200 pages… Hier, il faisait une chaleur caniculaire sur Montréal. La chaleur était telle que je n’avais pas l’énergie de bouger. J’ai donc décidé de reprendre ce livre qui traînait depuis déjà trop longtemps sur ma table de chevet et je ne l’ai pas regretté! J’ai lu toute la journée sous le ventilateur. Il ne me reste qu’une petite cinquantaine de pages. Passé le cap des 200 pages, le rythme de l’intrigue s’accélère (enfin), suspens allant crescendo. J'attends de découvrir la fin...

David Hewson. L'Héritage vénitien (traduit de l'anglais), Éd. Le Cherche Midi, 2008, 600p.


Dans un tout autre genre, j’ai lu dernièrement Mille jours à Venise de Marlena de Blasi, un récit paru au Mercure de France cette année.


Résumé

Américaine de 45 ans, Marlena, journaliste gastronomique et chef réputée, en séjour à Venise, entre dans un restaurant pour s'abriter de la pluie. Elle fait alors la connaissance d'un homme qui dit l'avoir aperçue il y a quelques mois et ne cesse de penser à elle. En peu de temps, Marlena quitte sa vie américaine, sa maison, son restaurant pour rejoindre Fernando.

Quatrième de couverture

Je le regarde. Je regarde réellement ce bel étranger pour la première fois. Et ce que je remarque, c'est le bleu de ses yeux, un bleu très foncé, comme celui de l'eau et du ciel aujourd'hui. « Je vous ai vue en décembre dernier, me dit-il, le 11 décembre. Vous faisiez le tour de la Piazza San Marco. Vous portiez un très long manteau blanc et vous aviez relevé vos cheveux comme maintenant... Je n'avais pas la moindre idée de ce que je pourrais vous dire. Alors je vous ai laissée vous en aller... Et hier, au restaurant, j'ai brusquement réalisé que c'était vous, la femme en blanc. Je vous attendais. Depuis le 11 décembre. Et je suis amoureux, réellement amoureux de vous depuis ce jour-là... Et si vous me croyez fou, ça m'est égal. » Ce n'est pas un conte, c'est une histoire vraie. L'enthousiaste et désarmante Marlena, bouleversée par sa rencontre avec son « bel étranger », va liquider en quelques semaines tout ce qu'elle avait en Amérique, une jolie maison, un charmant restaurant, une brillante carrière de critique gastronomique et de « chef », pour aller vivre avec lui à Venise. Certes, il y aura pas mal d'obstacles à surmonter, la langue qu'elle ne parle pas, l'appartement sinistre de son mari, la solitude, l'ennui, car elle n'a ni amis ni travail là-bas. Mais Marlena a de la ressource et elle va nous entraîner dans le récit plein d'humour de ses découvertes, de ses mécomptes, puis de son bonheur à se sentir peu à peu « acceptée ». Jusqu'au jour où l'imprévisible Fernando lui réservera une drôle de surprise...


Petit livre sympathique, lecture d’été. J’ai un peu crains l’histoire à l’eau de rose au début, mais après les 100 premières pages le récit m’a d’avantage captivée. Description de la vie quotidienne à Venise, de « l'intégration » du personnage à la vie vénitienne, de ses rencontres… Délicieuses visites au marché et dans les petits bacari de la ville. Les gourmands seront virtuellement servis (j’en salive encore!...). On trouve même quelques recettes à la fin du livre.
Il y a aussi des passages plutôt amusants comme celui où les personnages entament des démarches administratives auprès du bureau d’état civil où ils sont finalement reçus au bout de cinq samedis par une dame « grise de partout » au milieu d’un bureau enfumé pour se faire dire : «Ces documents sont trop vieux, ils n’ont aucune valeur. Les lois ont changé. » « Trop vieux? Mais ils ont été établis en mars et nous ne sommes qu’en septembre! – Ah, cara mia, en six mois, tout peut changer en Italie. Nous sommes un pays en mouvement. Le gouvernement change, les entraîneurs de foot changent, tout change, même si rien ne change et il va falloir que vous le compreniez, cara mia. Vous allez devoir retourner aux États-Unis, y résider un certain temps, au moins un an, et faire refaire un nouveau dossier. » (p.154)

Marlena de Blasi. Mille jours à Venise: récit, Éd. Mercure de France, coll. Bibliothèque étrangère, 2009, 260p.

vendredi 14 août 2009

Petit rappel...






Sur France Inter aujourd'hui: Ciao Ragazzi présente Venise.
15 août à 18h10 ou quand vous voulez en podcast ou en écoute à la carte.

lundi 10 août 2009

Histoires de villes

Un grand merci à la lectrice qui m'a donné cette info. Vous trouverez sur le site de la RSR deux émissions sur Venise dans la littérature.
Voici le lien: http://www.rsr.ch/la-1ere/histoires-de-villes/selectedDate/3/8/2009#20090803-venise-1-2

Elles ont déjà été diffusées, mais il est possible de les réécouter durant un certain temps.

lundi 03 aout 2009
Venise (1/2)
Thomas Mann, Mort à Venise, Ed. Fayard
Ernest Hemingway, Au-delà du fleuve et sous les arbres, Ed. Gallimard
Eduoardo Mendoza, L’île enchantée, Ed. Le Seuil
Henry James, Les papiers d‘Aspern, Ed. Gallimard
Henri de Régnier, L’entrevue, Ed. Mercure de France
Marcel Proust, Albertine disparue, Ed. Gallimard
Carlo Gozzi, Mémoires inutiles, Ed. Phébus
Lorenzo da Ponte, Mémoires, Ed. Mercure de France

mardi 04 aout 2009
Venise (2/2)
Serge Rezvani, A proposito di Venezia, Ed. Autrement
Paul Morand, Venise, Ed. Gallimard
Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, Ed. Robert Laffont
Hugo Pratt, Fable à Venise, préface, Ed. Casterman
Carlo Gozzi, Mémoires inutiles, Ed. Phébus
Carlo Goldoni, Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre, Ed. Mercure de France
Lord Byron, Lettres et journaux intimes, Ed. Albin Michel

Éloge de Venise


«Voici la ville qui, à tous, inspire la stupeur. Et j'ajouterais que toutes les vertus en Italie dispersées en fuyant la fureur des barbares ici se rassemblèrent, et, ayant reçu du ciel le privilège des alcyons, firent, sur ces eaux, de cette cité, leur nid. Et je conclurai ainsi: qui ne la loue est indigne de sa langue, qui ne la contemple est indigne de la lumière, qui ne l'admire est indigne de l'esprit, qui ne l'honore est indigne de l'honneur. Qui ne l'a vue ne croit point ce qu'on lui en dit et qui la voit croit à peine ce qu'il voit. Qui entend sa gloire n'a de cesse de la voir, et qui la voit n'a de cesse de la revoir. Qui la voit une fois s'en énamoure pour la vie et ne la quitte jamais plus, ou s'il la quitte c'est pour bientôt la retrouver, et s'il ne la retrouve il se désole de ne point la revoir. De ce désir d'y retourner qui pèse sur tous ceux qui la quittèrent elle prit le nom de venetia, comme pour dire à ceux qui la quittent, dans une prière douce: Veni etiam, reviens encore.»
Éloge de Venise, de Luigi Grotto Cieco d'Hadria, prononcée pour la consécration du Doge Sérénissime Luigi Mocenigo, le 23 août 1570.


dimanche 9 août 2009

Venise vue par...


James Holland (1800-1870)

Peintre et aquarelliste britannique. Il fut d'abord connu pour ses peintures de fleurs sur porcelaine. Après un voyage à Paris vers 1830, il commencera à peindre des paysages et se mettra à l'huile et à l'aquarelle. Il effectuera un premier voyage à Venise en 1835 et il y retournera en 1857.



The Church of Santa Maria dei Miracoli, Venice 30 sept. 1835
Whitworth Art Gallery, University of Manchester

The Steps of the Palazzo Foscari, Venice, 1844
Bolton Museum and Art Gallery, Lancashire, UK


Church of the Gesuati, Venice, 1857
Fitzwilliam Museum, Cambridge


View of the Molo and the Palazzo Ducale, Venice

A Side Canal in Cannaregio, Looking towards the Church of San Geremia



Un lien pour voir d'autres reproductions de tableaux de James Holland: http://www.artcyclopedia.com/artists/holland_james.html

jeudi 6 août 2009

Senza titolo


Chacun a son image, son rêve, son idée... Venise engendre par nature une myriade d'images, réelles et reflétées, les plus disparates, de la transparence à la confusion, au renvoi, au rejet, à l'envoûtement. Elle multiplie les comparaisons avec les autres villes, différentes pour chacun de nous; elle crée continuellement les tensions les plus étranges, souvent opposées, impensables ailleurs.

Paolo Barbaro, Petit guide sentimental de Venise, p.151

mercredi 5 août 2009

Visite à Torcello


Torcello fut jadis le premier noyau de Venise, son centre politique et économique. Au VIII et IXe siècle, cette île comptait environ 30000 habitants, 12 paroisses et 16 monastères. Il ne subsiste de ce passé que la belle cathédrale Santa Maria Assunta et l'église Santa Fosca. Entre l'arrêt du vaporetto et la cathédrale, après avoir croisé des chats qui jouaient près des poubelles, des chèvres, quelques volatiles et un bouc, j'ai aperçu le Ponte del Diavolo, pont sans parapet, qui était malheureusement en travaux depuis plusieurs années... J'ai bien entendu visité la cathédrale et admiré ses superbes mosaïques. Je n'ai pas visité le musée, peut-être était-il fermé?


Gardien des lieux




Quelques points d'intérêt:

Musée de Torcello: http://sbmp.provincia.venezia.it/mir/musei/torcello/home.htm

Locanda Cipriani: http://www.locandacipriani.com/index.html